lundi 17 avril 2017

Le Cookie Masqué au club MEDitation


Il y a quelques semaines, tandis que je repartais le coeur léger d’une étonnante et fabuleuse retraite de méditation, il m’a semblé approprié de ressusciter Tronche de Cake. 

Une expérience hautement digne d’être partagée, me semble-t-il, n’ayant moi-même pas trouvé les réponses à mes questions, lorsque je me les posais avant le départ, et ayant envie de poser là quelques mots à destination des curieux, intéressés, et même des sceptiques et des rageux, ceux aussi qui pensent très fort "mais quelle bobo celle-là". 

Allons donc, pourquoi une retraite ? Pourquoi méditer ? C’est quoi méditer ? Qu’est-ce qu’on fait pendant toute une semaine ? Est-ce qu’on fait “rien” ? Est-ce qu’on garde le silence tout ce temps ? Est-ce qu’on se lève vraiment à 5h30 tous les matins ? Et aussi : qu’est-ce qu’on mange ?!



J’avais l’idée d’expérimenter une retraite depuis quelques mois, après m’être un tout petit peu essayée à la méditation, toute seule à la maison. Quelques documentaires avaient également titillé ma grande curiosité, notamment “Ego not bad”, des mêmes réalisateurs qu' “En quête de sens”.

J’avais une folle envie de connaître cet état de calme et d’apaisement, infiniment curieuse d’approcher cette "autre réalité” de l’esprit décrite par ceux qui pratiquent la méditation : lorsque l'esprit, telle la surface de l’eau agitée, presque opaque, troublée par le sable du ressassement de nos pensées, trouve un état de repos et de quiétude, et que le fond apparaît, limpide. Voilà ce que je voulais découvrir. 
Comme les autres personnes venues passer une semaine ou plus ici, je venais faire une pause, découvrir autre chose, un autre rythme, se retrouver avec soi-même, expérimenter, découvrir la pratique de la méditation dans un environnement particulièrement agréable : le village des pruniers

Entre Bergerac et Bordeaux, le village des pruniers est, littéralement, un havre de paix, fondé il y a plus de quarante ans par Thich Nhât Hanh, moine bouddhiste vietnamien, l’une des grandes figures du bouddhisme dans le monde
Thich Nhât Hanh - “Thây”, "le maître", comme on l’appelle également - a consacré sa vie à la défense de la paix (il fut nominé pour le prix Nobel de la paix, par Martin Luther King en 1967), depuis sa lutte contre la guerre du Vietnam, jusqu’aujourd’hui, malgré ses 91 ans. Je vous invite à découvrir un de ses très nombreux livres, des textes d'une épatante force et simplicité.

Le message transmis par le maître zen et enseigné au village des pruniers est simple, c’est celui de la pleine conscience. Sans doute cela vous dit il quelque chose ; la mindfullness fait rage ces derniers temps. 

Ce village bouddhiste, composé de plusieurs hameaux, est habité par une centaine de moines et moniales, en majorité vietnamiens, qui vivent ici selon les enseignements bouddhistes, et reçoivent toute l’année des visiteurs venus du monde entier
Durant cette semaine, le groupe des femmes venait ainsi de 14 pays différents, de la Belgique à l’Argentine, des Etats-Unis à Singapour. De tous âges, mais j’ai été particulièrement étonnée par la jeunesse de mes “camarades”. A vue de nez, une majorité avait entre 25 et 35 ans (quoi qu'il a été souvent difficile de deviner l'âge quand on est en jogging, pas maquillée ni apprêtée pendant toute la semaine).

Beaucoup étaient à un moment de transition dans leur vie. Besoin de prendre du recul, de faire une pause. Envie de découvrir une autre façon de vivre et de penser. Prendre une grande inspiration de bonté et de paix. 

Je m’aperçois de la difficulté de faire le récit de cette atmosphère et de ces enseignements plein de simplicité et d’amour sans sonner culcul la praline, neo-hippie, ambiance Eat Pray Love - namasté. Mais qu'importe.



Au début du séjour, j’ai pensé que la semaine risquait d’être longue, au milieu de ces illuminées. Finalement, il fallut peu de temps pour que cette lumière fasse effet sur moi. 
Toute la semaine, on apprend donc à être là, présent à son corps, conscient de soi et du monde, extrêmement concentré à chaque instant, sur chaque instant : méditer en pleine conscience, certes, mais aussi marcher en pleine conscience, manger en pleine conscience, travailler en pleine conscience, faire la vaisselle en pleine conscience … 

Bien loin de moi l’idée de pouvoir enseigner quoi que ce soit à ce sujet, je souhaite juste tenter de décrire ce que j’ai compris, et l’aspiration vers laquelle tendre : il n'y a rien à réussir, juste à être, être là avec soi, ici et maintenant, se reconnecter avec soi et le monde, calmer le flot incessant des pensées, les pensées qui ne cessent de bavarder sur le passé ou le futur.

Exercice excessivement complexe. Lors des méditations assises, mille et unes pensées affluent, si bien qu’on ne sait parfois même pas vraiment à quoi on pense, il y a juste un grésillement, comme un bruit de fond de l’esprit. On s’impatiente, on a envie de s’étirer, on a envie de savoir si les autres y arrivent, on entend le chants des oiseaux, on se reconcentre, on revient au souffle, on prend refuge dans sa respiration, on parvient à faire le calme quelques secondes, quelques minutes. Quand on ouvre les yeux, à travers les grandes baies vitrées de la salle de méditation, le soleil s’est levé sur la campagne. 



En bref, au programme bien rythmé de cette semaine

réveil à 5h30, pour un premier rendez-vous à la méditation assise du matin à 6h30, suivie de chants. Dans la nuit noire, les cloches sonnent, les silhouettes avancent en silence vers la salle de  méditation, la tête penchée. Ambiance zombies. Mais si paisible.

Après un petit temps libre, à 8h généralement, c’est l’heure du petit-déjeuner (j’y reviens). A 10h30, on participe si on le souhaite à quelques travaux de la vie du temple : découpe des légumes, ménage, jardinage, ramassage des feuilles mortes … le tout en pleine conscience, obviously. 

11h30 : marche méditative, toutes ensemble. Il faut voir cet impressionnant cortège avancer à vitesse de fourmis ! Chaque pas, consciencieusement posé après l’autre, est l’occasion de se sentir en lien avec le sol, de se recentrer sur l’ici et maintenant. Exercice particulièrement puissant, tout autant que la méditation assise. A écouter les soeurs parler de Thay qui marche les yeux pleins d’étoiles, je regrette infiniment de ne pas avoir pu observer sa puissante et paisible énergie décrite par tous. 

12h30 : à table ! Je m’étais préparée à une diète vegan un peu fadasse et boring cette semaine. Oh, que nenni ! 
Chaque repas était plus délicieux que le précédent. Soupes délicates aux milles saveurs, riz blanc ou complet, légumes parfaitement cuits et assaisonnés - gingembre, citronnelle, piment, tofu mariné, en curry ou grillé, tempeh frit, salade et crudités arrosées de levure de bière, et un divin carrot cake lors des deux journées de rassemblement des deux villages.

Les soeurs manient l’art du peu, de l’anti gaspi, et de l’assaisonnement.
Petit-déjeuner (porridge, fruits secs et fruits pour le Cookie), déjeuner et dîner, les repas sont pris en … en pleine conscience, bravo. Et en silence

Manger en conscience fut certainement pour moi l’un des plus forts enseignements de la semaine. Déjà, se servir la juste portion est une étape intéressante. On se sert toujours trop. Au fil de la semaine, on a sans doute diminué les portions, mais on a aussi tellement ralenti le rythme du repas que la sensation de satiété est arrivée avant que l’assiette ne soit vide. 
Manger en pleine conscience, c’est donc prendre le temps d’observer son assiette. Prendre conscience du travail qui a été mis en oeuvre pour obtenir tous ces produits. C’est porter toute son attention à chaque bouchée, d’être pleinement présent à ce que l’on fait, ce que l’on mange, dans un silence à la fois dense de toutes ces énergies rassemblées, et délicat. Explosion de saveurs.  
Alors, forcément, ce succulent bouddha bol n’est pas avalé en cinq minutes, mais bien plutôt en trente ou quarante. Et comme le corps et l’esprit ne font qu’un, manger lentement, c’est aussi mieux digérer, se sentir léger à tous points de vue.  



Après une petite sieste, à 15h30, il est l’heure pour quelques enseignements ou partage en groupe. Une ou plusieurs soeurs nous transmettent et nous expliquent des principes et des pratiques. Un des enseignements qui a le plus résonné pour moi, c'est l'histoire des petites graines : 
Nous avons tous en nous des graines, bonnes et mauvaises. Les mauvaises graines sont celles qui conduisent à des sentiments ou pensées négatives : la peur, la colère, la haine, la malveillance, la mauvaise estime de soi … Les bonnes graines sont celles de l’amour, la bienveillance, la joie, la sérénité … 
Chaque jour, par chaque action de notre environnement et de notre esprit, on arrose ces mauvaises ou bonnes graines. 

Simple comme bonjour, évidemment. 
Ainsi, quand les graines mauvaises ne se sont pas encore manifestées, on fait en sorte de ne pas les arroser ! Et quand ces mauvaises graines se sont déjà manifestées, il faut vite "changer de cd”, ne pas se laisser bercer par le soleil noir de la mélancolie : se faire du bien, marcher dans la nature, retrouver ses amis. 
Rien de très original, n'est-ce pas ? Il n’empêche, prendre la résolution de ne pas se laisser happer par le brouhaha de l’esprit, le ressassement, les idées noires, la crainte, le stress, cela me parait être un bel objectif. 
Arroser ses bonnes graines dans l’environnement sublime du village des pruniers, c'est un peu les doigts dans le nez. Le faire dans un wagon de la ligne 13 un jour de grève, c'est une autre paire de manches. Mais l’enseignement prodigué avec tant de douceur et de force reste ancré profondément. 

Les enseignements sont ainsi de cet ordre : de la bienveillance, du bon sens, du calme et de la tranquillité. Thây est réputé pour la simplicité de ses leçons et paroles, dans un monde qui cherche à tout complexifier sans cesse. Des dizaines de ses petites phrases sont affichées partout dans le village, délicatement calligraphiées :“Arrose tes fleurs”, “Bois ton thé”, “Tu es arrivé” ...

Au cours de ces après-midi, nous avons parfois pu échanger en groupe sur nos questionnements, nos doutes, nos douleurs, nos craintes. Comment faire “dans la vraie vie” pour garder cette paix ? Comment aider nos proches qui vont mal ? Et ma question : comment aller bien dans ce monde qui va si mal ? 
Il s’agit donc d’être paisible et solide, pour soi et pour le monde, de s’ancrer solidement par la pratique de la pleine conscience, de developper sa bienveillance et une forme de largesse d’esprit qui manque cruellement.

Puis voilà venu 17h30, l’heure du diner et sa farandole de trucs bons.
19h30 : après la méditation assise, nous écoutons les chants des soeurs. L’énergie est si forte, l’émotion déborde la salle.

Ainsi s'écoule doucement la semaine. Des liens se tissent agréablement au gré des marches et des tasses de thé, dans cet environnement sans masques ni faux-semblants.
Je suis épatée par la diversité des parcours, des profils, galvanisée par les discussions et la bienveillance enrobante.

Au fil des jours, je passe d'un brouhaha mental quasi continu à une forme de petite musique paisible. L'esprit se calme, des prises de conscience apparaissent. 
Je pense à rien, je pense à tout, je pense fort à ceux que j'aime. Ceux qui sont près, ceux qui sont loin. Je pense à ce nouveau chapitre de vie qui s’ouvre, tout proche. 
Finalement, je commence à percevoir comment les pensées arrivent, comment on peut les observer, calmement, puis les mettre de côté.

La parenthèse se referme, il est temps de quitter le village. 
Nous sommes toutes prises par une forme d'inquiétude face au retour. 
Je suis calme. C'est le début d'un long chemin. Car pour essayer de participer au changement dans le monde, oui, il faut commencer par se changer soi-même. Regarder à l'intérieur de soi, et y rester, longtemps. 




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